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La loi forestière de la République populaire de Chine modifiée en 2020

bois chineLa Chine est le plus grand importateur de bois et centre de transformation au monde, et c'est le cas également pour le secteur de la fabrication d'instruments de musique.
 
Après avoir dévasté les forêts de son territoire, la Chine a été pendant des décennies une « boîte noire » opaque pour le bois à haut risque d'illégalité en raison de pratiques d'approvisionnement aveugles pour d'énormes volumes de bois provenant des forêts du monde entier. Pendant plus de vingt ans, des enquêtes ont documenté les flux de bois illégaux vers la Chine en provenance du Congo, du Gabon, du Ghana, de Madagascar, du Nigéria, du Pérou, de l'Extrême-Orient russe, de la Zambie et d'ailleurs.
 
Cependant et suite à la pression de plusieurs ONG, plusieurs indices nous laissent penser que la Chine est en train de prendre un virage à 180° mais la prudence reste de rigueur !
 

La loi forestière de la République populaire de Chine 

 
 
Depuis le 1er juillet 2020, l'amendement de la loi forestière de la République populaire de Chine est entré en vigueur. Ce qu'il faut noter :
  • Article 10 La plantation d'arbres, le boisement et la protection des forêts sont des obligations que les citoyens doivent remplir. Les gouvernements populaires à tous les niveaux devraient organiser des activités volontaires de plantation d'arbres et de reboisement par tous les citoyens. Chaque 12 mars est désigné comme journée de plantation d'arbres.
  • Article 14 Les ressources forestières appartiennent à l'État, à l'exclusion de celles appartenant à la propriété collective comme spécifié dans la loi.
  • Article 32 L'État met en œuvre un système global de protection des forêts naturelles, limite strictement la coupe des forêts naturelles, renforce les capacités de gestion et de protection des forêts naturelles, protège et répare les ressources forestières naturelles et améliore progressivement les fonctions écologiques des forêts naturelles.
  • Article 39 La destruction des forêts pour la remise en état des terres et la destruction des forêts pour l'exploitation des carrières, le ramassage du sable et le ramassage de la terre ainsi que d'autres actes de destruction des forêts sont interdits.
    Le rejet d'eaux usées et de boues contenant des métaux lourds ou d'autres substances toxiques et nocives dépassant la norme dans les terres forestières, ainsi que le dragage de sédiments, de résidus et de scories pouvant causer une pollution forestière sont interdits.
    La coupe de bois de chauffage et le pâturage dans les jeunes forêts et les forêts à usage spécial sont interdits.
    Le personnel pénétrant dans les forêts et les lisières des forêts ne doit pas déplacer ou endommager les marques érigées au service de la foresterie sans autorisation.
    Article 40 L'Etat protège les arbres anciens et célèbres et les arbres précieux. La destruction des arbres anciens et précieux et de leur environnement naturel dans lequel ils vivent est interdite.
  • Article 65 L'entreprise de transformation du bois doit établir un compte pour l'entrée et la sortie des matières premières et des produits. Aucune unité ou personne ne peut acheter, transformer ou transporter du bois dont il sait clairement qu'il a été abattu de manière pirate ou abattu sans discernement dans les régions forestières.
 

Notification CITES sur la reproduction artificielle des espèces

L'autorité scientifique de la CITES en Chine a fait part, le 08 décembre 2021 aux parties (pays membres de la CITES), de son inquiétude quant à la recommandation lors de la dernière conférence des parties, Cop18 où il a été spécifié : « que le bois ou d’autres parties ou produits d’arbres poussant dans des plantations monospécifiques soient considérés comme reproduits artificiellement selon définition donnée dans la résolution Conf. 11.11 (Rev. CoP18) ».
En effet, elle insiste, entre autres, sur le fait : "que les conséquences des plantations monospécifiques pourraient favoriser la conversion des forêts naturelles et pousser à la déforestation."
 
On ne peut que se réjouir de telles actions de la part de la Chine mais il convient cependant de les relativiser avec la réalité sur le terrain qui est loin de s'améliorer et notamment en France.
 

L'envers du décor

"Les professionnels (en France) du bois s'inquiètent et demandent au gouvernement de réagir. Selon eux, les Chinois seraient en train de piller nos forêts. Depuis quelques mois, subventionnées par leur gouvernement, des entreprises chinoises viennent acheter massivement nos chênes et à prix d'or. Cela rend la concurrence très difficile.
En Chine, couper un chêne est désormais interdit. Les forêts y ont été surexploitées, le gouvernement a alors décidé de les protéger pendant 99 ans et de subventionner ces entreprises pour qu'elles aillent chercher du bois ailleurs. Un arbre sur trois coupé en France part en Chine.
"On est les troisièmes producteurs mondiaux de chêne. On a des chênes d'une extrême qualité, c'est un trésor national. Ce que font les Chinois, c'est qu'ils achètent 20 à 25% plus cher que les scieries françaises, subventionnés par leur gouvernement", déplore le président de la Fédération Nationale du Bois, Nicolas Douzain-Didier." Juin 2021 - RTL
 
"Depuis quelques mois, avec la hausse de la demande en bois et l'envolée du cours des matières premières, on assiste à une ruée des acheteurs étrangers, particulièrement chinois, sur le chêne français. Notamment parce que la Russie, grand producteur de chêne, a décidé de stopper ses exportations. Mais également parce que la Chine souhaite préserver ses forêts.
C'est donc en partie la France qui répond à la demande internationale, au détriment de sa propre filière bois.
Les scieries et les artisans craignent de ne bientôt plus pouvoir se fournir." Juillet 2021 - France Culture
 
Il semble donc que les initiatives de la Chine concernent en priorité la protection des forêts de son territoire mais beaucoup moins, voire pas du tout, les bois qui y sont importés, même si la nouvelle loi a pour objectif d'en combattre le commerce iillégal. La Chine n'est cependant pas le seul pays à blâmer dans cette situation, et une part de responsabilité incombe également aux pays exportateurs et aussi à ceux qui importent massivement des produits bois réalisés en Asie.