vendredi Déc 02, 2022
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Interview de Bernard Duplaix

Bernard Duplaix, poly-instrumentiste et collectionneur de flûtes à Paris


Bernard Duplaix bonjour. Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de votre carrière dans la musique ?


ITW Bernard Duplaix visuel 1 sur 2Bonjour. Je suis un saxophoniste poly-instrumentiste (flûtes, clarinettes, basson) qu'on dit adroit et précis. Un musicien pluriel aux multiples expériences, ancien Animal Triste du Grand Magic Circus de Jérôme Savary, familier des studios d’enregistrement et compagnon de scène et de route d’un grand nombre des plus célèbres chanteurs français de ces dernières décennies. Je m'intéresse exclusivement à tout !

Je n'aurais pas pu (pas su?..) vivre sans la Musique. Mon père jouait du violon. Ma tante tenait un dancing. J'ai passé des heures au pied de l'estrade, fasciné par les musiciens. Très jeune j'ai suivi des études classiques de clarinette et de basson tout en écoutant des tas d’autres musiques. Très éclectique, j’écoutais avec la même passion de la Musique classique, des groupes de Rock, du Blues, de la Soul, mais aussi des chanteurs de variété comme tous les adolescents. Je m'initiais également au sax et à la flûte et je profitais de toutes les occasions pour m’essayer sur ces instruments. Je vivais dans la France profonde, près de Châteauroux, alors une des plus grandes bases américaines d'Europe. A CHAB comme disaient les ricains (« Châteauroux Air Base ») c'était un rêve éveillé permanent, du Jazz partout, mais aussi de la Soul et du Rock, des clubs, des filles, des salles de jeu, une ambiance incroyable et une vibration permanente qu'Alain Corneau a si bien décrite dans son film « Le nouveau Monde ».

Ado, je suis allé au festival de Jazz d'Antibes en 1965, le saxophoniste John Coltrane était là. Il a joué deux soirs de suite, dont la seule version intégrale en live de «A Love Supreme». Je n'oublierai jamais la magie de sa sonorité et le soleil couchant sur la baie derrière lui! J'en frissonne encore... Ma décision était prise, je DEVAIS être musicien. A CHAB j'avais rencontré le saxophoniste Nathan Davis. Il m'a beaucoup aidé par la suite. Un beau jour, les américains sont repartis... Châteauroux s'est rendormi. Le flip ! Je suis « monté » à Paris. Un an après, je suis rentré au Conservatoire National Supérieur de Musique (CNSM) pour y suivre des études classiques pointues, en même temps que j’étudiais le Jazz avec Nathan à la Paris American Academy. Mais le Jazz que j’avais envie de jouer était moribond, les clubs fermaient les uns après les autres. Il n’y en avait que pour le Free-Jazz... Ce n’était pas mon truc ! J’ai alors beaucoup joué de Soul Music. Mon premier groupe fut le King Set dont le chanteur était Michel Jonasz. Il avait déjà tout en lui... Et puis tout s’est enchaîné si bien et si facilement, que je réalise aujourd’hui seulement la chance que j’ai eue.

Je suis donc devenu un poly-instrumentiste: un Woodwinds doubler comme on dit aux USA. Après mes études de basson au CNSM et un certain nombre d'activités musicales exclusivement classiques, j'ai rapidement abandonné cet instrument que je n'avais pas vraiment choisi. Je n’en ai rejoué que ponctuellement. J’étais passionné par le Sax qui est devenu par la suite mon instrument principal. J’étais pratiquement autodidacte, avec plein de défauts alors que j’en vivais déjà. Je suis donc allé voir Michel Nouaux au Conservatoire de Montreuil. Il avait été un des élèves favoris du grand Marcel Mule, le Maître du saxophone classique. Il m’a accepté dans sa classe avec patience et générosité. J’ai progressé rapidement car j’avais un bon niveau de clarinette et j’étais très motivé. Quant à la flûte, j’étais également autodidacte. J’écoutais et me « débrouillais » tout en prenant des défauts. Mes différents employeurs n’étaient pas trop exigeants puisque j’étais un « sax qui joue de la flûte ». Mais j’étais lucide sur mon niveau et j’ai toujours voulu progresser. En tant que saxophoniste, j'ai fréquenté presque tout de suite les studios d'enregistrement. J’ai eu la chance d'y côtoyer de très grands flutistes comme Roger Bourdin, Raymond Guiot ou Robert Hériché. Un jour j'ai franchi le pas, et j'ai demandé à Roger Bourdin s'il pouvait me donner des leçons en privé. Ce fut tout à fait passionnant.

Puis j'ai travaillé avec Robert Hériché de l'Opéra pendant plusieurs années comme quelques autres saxophonistes de jazz qui désiraient aborder la flûte avec sérieux. Robert était un professeur étonnant, tout à la fois exigeant et tolérant, d'une générosité invraisemblable et je lui dois beaucoup, tant sur le plan de la flûte que sur le plan musical en général. J’ai vraiment une grande reconnaissance pour tous ces professeurs et artistes, pour leur générosité, leur compréhension, leur tolérance à mon égard. Je ne les remercierai jamais assez !

Au début, je jouais... partout où on me demandait, à quelques exceptions près cependant. Ainsi, j’ai toujours refusé de faire des bals. Je n’avais pas voulu devenir musicien pour faire ça. Je l'ai souvent dit à ceux qui s'étonnaient d'une carrière aussi remplie : « Je savais ce que je ne voulais pas faire». Mais j’ai quand même vécu de nombreuses galères : les cabarets de Pigalle ou des Champs Élysées où on passait des nuits entières pour des salaires minables. Les clubs où on allait jouer à l’autre bout de la France et qui étaient fermés quand on arrivait, les petites séances d’enregistrement à l’amiable dont le chèque n’arrivait jamais et j’en passe.

J’ai fait partie d’un groupe de Soul qui était assez populaire à l’époque : le Mayfair Group. Nous faisions les beaux soirs des clubs parisiens à la mode : le Bus Palladium, le Golf Drouot, le Club Saint Hilaire. Nous étions 3 cuivres. Cette musique fut une très bonne école pour le jeu en section, le phrasé, l’articulation. Pratiquant plusieurs musiques et plusieurs instruments, j’ai pu me permettre de choisir parmi les propositions. Il y avait beaucoup de travail pour les musiciens à ce moment-là, et pourtant, bien moins qu’avant, selon les anciens. Je réalise que c'était très ambitieux de ma part, mais je voulais jouer plusieurs instruments et pratiquer plusieurs musiques, découvrir des univers différents. J’ai donc commencé à accompagner de jeunes chanteurs : Noël Deschamps, Vince Taylor, Herbert Léonard, Monty, Dani, Christian Delagrange, Michel Delpech, Sylvie Vartan (mon 1er Olympia), Alain Chamfort, Dick Rivers et des vieilles gloires du Music hall (j’adorais ça) : Tino Rossi, Jean Sablon, Marlène Dietrich, Gaston Ouvrard, Georgette Plana, Joséphine Baker…

J’y ai pris goût, et par la suite j’ai toujours adoré accompagner des chanteurs sur scène. J’ai joué avec des artistes plus classiques mais très populaires tels: Annie Cordy, Georges Ulmer, Mireille Mathieu, François Deguelt, Carlos, Gilbert Bécaud, Jean-Jacques Debout, Charles Aznavour…Et puis surtout Johnny Hallyday et Claude François, deux personnages très différents l’un de l’autre, mais deux grands artistes proposant de véritables Shows.
J’ai travaillé également avec Thierry le Luron et Coluche pendant plusieurs années et aussi avec Demis Roussos qui était un type adorable. Je l’ai accompagné à la flûte dans les endroits du monde les plus insolites: au pied des Pyramides d’Égypte, ou au Moulin Rouge de Bagdad devant Saddam Hussein !

En ce qui concerne le Jazz, j’en ai pratiqué très peu en petite formation mais j’ai fait partie de nombreux Big Bands: Sonny Grey, Roger Guérin, Antoine Hervé, Ivan Jullien, Claude Cagnasso, Martial Solal, Jean-Pierre Aupert, Jacques Bolognesi, l’Orchestre du Splendid, Bob Dickson, Michel Legrand, Tito Puentes, François Jeannneau. Quel plaisir incroyable de jouer en pupitre de saxophones ! Ça j’ai vraiment adoré!

Et puis, j'ai eu la chance de jouer avec quelques unes de ces stars américaines de passage à Paris pour un soir, qui vous permettent de vivre des moments où l’on se demande, quel que soit son âge, si l’on ne rêve pas : Ray Charles, Franck Sinatra, Donna Summer et même Raquel Welch !

C’était un patchwork artistique dans les contextes les plus divers, du café-théâtre des débuts avec Coluche et la suite de son triomphe, aux spectacles du Grand Magic Circus de Jérôme Savary, en passant par l’Elysée avec Thierry le Luron, l’école du Mime Marceau, le palais du Shah d’Iran avec la Comédie Française, le Parc des Princes avec Johnny Hallyday, ou cet immense club à Tokyo avec Sylvie Vartan, où on jouait en alternance avec Ella Fitzgerald et le Big Band de Buddy Rich... De vrais grands moments dans une vie !

Chacune de ces expériences m’a enrichi artistiquement et m’a toujours apporté quelque chose. Ça m’a été infiniment utile lorsque j’ai participé à quelques unes de ces grandes Comédies Musicales américaines jazzy (Hello Dolly, Cabaret, Kiss me Kate, Singing in the Rain, etc…) où justement, il fallait savoir jouer plusieurs instruments et plusieurs styles, du para-classique au Jazz.

Quant aux émissions de TV, la liste est longue: du « Luron du Dimanche » au « Grand Échiquier » de Jacques Chancel en passant par les « Champs-Elysées » de Michel Drucker et bien d’autres. Là, on côtoyait et accompagnait les artistes les plus divers, du débutant impressionné au grand professionnel chevronné. On devait être prêt à jouer des choses totalement extrêmes : soit quelques riffs d’accompagnement ou une partition très sophistiquée. Il faut s’attendre à tout dans ce métier. C’est justement cette diversité, cette variété, sans jeux de mots, qui m’a tant plu.

Et puis il y a eu le travail en studio. C’était un de mes rêves ! Je suis arrivé à la fin de cette époque dorée qui avait coïncidée avec l’arrivée du « microsillon » et pendant laquelle les requins de studio faisaient trois séances d’enregistrement par jour. C’était déjà une activité en voie de disparition (c’est bien pire aujourd’hui). Les musiciens de studio ne sont pas forcément connus du grand public mais tout le monde, un jour ou l’autre, a eu leur son dans l’oreille. Ils ont contribué au triomphe des plus grands chanteurs et ont souvent aidé à la réussite des moins bons ! En tous cas, ils ont grandement contribué à la vente de millions d’albums. Sympathiques ou non, la quasi totalité d’entre eux était d’une rare compétence qui forçait le respect. C’était un milieu chasse gardée. Arriver à s’y glisser n’était pas simple

J’ai beaucoup appris sur le plan musical et professionnel au contact des musiciens de studio. On trouvait là des musiciens adaptables et excellents qui connaissaient admirablement des styles diamétralement opposés. Les arrangeurs et les producteurs attendaient qu’on travaille vite et bien ! Il fallait bien sûr déchiffrer sans problème, jouer parfaitement juste avec une mise en place précise mais aussi être très intuitif, comprendre le plus vite possible ce qu'on attendait de vous. L’heure de studio coûtait une fortune et il fallait réussir de suite car on ne travaillait pas encore au forfait ! Malheur à celui qui arrivait en retard! (je me rappelle encore de mon stress, à cause d’un retard, pour l’enregistrement de « l’Été Indien » de Joe Dassin ! Heureusement, l’équipe de production était plus en retard que moi !)

On gagnait très bien sa vie dans les studios, à condition de faire partie du réseau de ceux qu’on appelait les Requins, avec plus de jalousie que de moquerie. Des musiciens aiguisés qui étaient capables de jouer dans n’importe quel style avec une technique confirmée leur permettant dans une même journée, de passer d’un studio à l’autre.

Le studio, je l’ai pratiqué au départ à travers les miettes que nous laissaient les aînés et un remplacement de temps en temps dans une équipe déjà constituée. Puis de nouveaux arrangeurs ont fait leur apparition. Ils ont constitué leurs propres équipes. J’ai été admis car je savais bien lire, je comprenais assez vite et j’aimais travailler et jouer des styles très différents. J'avais au sax un son un peu nouveau, proche d’une conception différente des modèles de l’époque. J’étais copain avec plusieurs arrangeurs qui faisaient régulièrement appel à moi. Je n’étais pas un pilier dans les équipes de base des grands arrangeurs, mais j’avais une souplesse d’adaptation et un métier qui me permettaient de m’y intégrer facilement.

Rarissime flûte BlotfroyVous avez également enseigné ?

A l'âge de 20 ans, je suis devenu professeur de sax et de clarinette au Conservatoire de Chaville. Et puis j'ai arrêté car j'avais trop de travail comme musicien. Ça parait invraisemblable aujourd’hui! Par la suite, à un certain moment de ma vie, j’ai éprouvé le besoin de transmettre, de partager, d’essayer de redonner un peu de ce que mes différents professeurs m’avaient si généreusement fait découvrir! J’ai enseigné dans plusieurs écoles de Jazz parisiennes (IACP, ARPEJ, CIM) ainsi qu'aux Conservatoires de l’Haÿ les Roses et de Palaiseau où j’étais responsable du département Jazz et Musiques actuelles. J’ai eu le grand plaisir d’avoir parmi mes élèves les saxophonistes Xavier Richardeau et Boris Blanchet, le grand flûtiste italien Michele Gori, le formidable flûtiste à bec Benoît Sauvet et aussi Pierrick Pedron. Couvert de lauriers (mérités), il est aujourd'hui selon moi un des meilleurs sax-alto européens.

Pouvez-vous nous raconter comment est née votre collection de flûtes ?

Coluche m’appelait « le collectionneur ». Il avait dû flairer quelque chose ! Oui, j’avoue, je suis un collectionneur de flûtes de marques françaises et surtout d’un facteur nommé Louis Lot. Ce personnage incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire de la flûte moderne a traversé tout le 19° siècle, période bouillonnante de recherches et de transformations importantes dans tous les domaines. Lorsque j'ai rencontré Robert Hériché, il était un des seuls à jouer encore professionnellement une flûte Louis Lot. Il se moquait de mon pauvre instrument américain, et me pressait d'en acheter un autre. De retour du Japon où j'étais en tournée avec Sylvie Vartan en 1971, j'ai rapporté une des premières Muramatsu. Il s'est montré satisfait du changement, mais le jour où je suis arrivé en cours avec la Lot n° 6696, un instrument fabriqué vers 1900 qui ne bouchait pas du tout et ne payait pas de mine, il s’est montré enthousiaste. J'ai tout de suite adoré cet instrument qui était pourtant totalement démodé à l'époque. Elle me convenait parfaitement et je l'ai joué aussi bien sur scène qu'en studio en alternance avec ma « Mura ». Quelques années plus tard, on me l'a volée dans le métro... Ce fut un véritable chagrin d'amour. J'ai remué ciel et terre pour la retrouver, mais en vain ! Je me suis alors intéressé à l'histoire de ce mystérieux Louis Lot dont je ne savais rien, puis à ses confrères. J’ai racheté une Louis Lot, mais elle n’avait pas la personnalité de la mienne… C'est alors que j'ai commencé à collectionner les flûtes françaises anciennes de différentes marques. Je me suis très vite rendu compte qu'on ne pouvait séparer la passionnante histoire de la facture instrumentale, de l'histoire de la grande École française de flûte. J'ai donc entrepris des recherches sur flûtes et flûtistes et j'ai concrétisé ces recherches par une série d'articles publiés dans diverses revues internationales. Je n'ai plus jamais entendu parler de ma Lot n° 6696. Il m'arrive encore de rêver que je la retrouve… Ce n'est pas une nostalgie forcenée qui m'anime. J'ai suffisamment de traces discographiques de nous deux, pour me rappeler encore aujourd'hui notre belle complicité.

Qu’est-ce qu’être un collectionneur de flûtes ? 

Je m’emploie depuis des années, à rassembler et sauvegarder tout ce qui concerne les flûtes système Boehm de marques françaises en bois ou en métal sur une période de 1837 à 1960, ainsi que toute documentation, catalogues ou même simples renseignements concernant ces marques. J’ai été en 1987 l’un des fondateurs de l’ACIMV (Association des Collectionneurs d’Instruments de musique à Vent) qui regroupe des passionnés qui éprouvent le même intérêt pour l’immense oeuvre de création accomplie par les facteurs d’instruments à vent. Au cours des années, j'ai rassemblé des instruments des plus célèbres marques françaises. En premier lieu, ceux de la prestigieuse marque Louis Lot dont je possède maintenant la plus importante collection au niveau international: une centaine de modèles reflétant toute l'histoire de la marque de 1855 à 1951. Mais j'ai réuni également de la documentation et des modèles d'un grand nombre de marques françaises de moindre importance ou renommée auxquelles aucune structure de conservation ou de musée n’ont songé à rendre véritablement hommage.

Pouvez-vous nous parler du ou des instruments que vous considérez comme vos plus belles pièces et nous dire pourquoi ?

Ma collection est multiforme, j'ai donc plusieurs angles d'attaque pour désigner parmi toutes ces étranges beautés quelles sont les plus belles pièces. Les plus rares sont sans conteste ma Blotfroy (tube de Théobald Boehm, clétage et embouchure de Louis Lot et Hypolite Godfroy). Fabriquée en 1847, elle est l'un des 4 prototypes de la flûte moderne en métal à perce cylindrique. Un instrument historique! Mais j'ai aussi une rarissime flûte conique en bois d'Auguste Buffet Jeune de 1848, construite d'après le brevet de Victor Coche. Cette flûte est à ce jour la seule survivante connue au monde de ce modèle. Elle constitue vraiment le chainon manquant dans la gestation de la flûte moderne.

Le parcours et l'histoire personnelle de chacun de mes instruments me fascine... J'ai passé pas mal de temps à essayer de les reconstituer; une tâche rendue difficile par la succession des différents propriétaires ou la mauvaise volonté des marchands spécialisés et des maisons de ventes aux enchères qui ne tiennent surtout pas à ce que l'on "remonte" la piste de ce qu'ils ont vendu...

Un grand nombre d'instruments de ma collection ont une histoire... souvent attendrissante, parfois terrible. Il y a les amateurs plus ou moins éclairés qui ont du sacrifier, économiser pour s'offrir leur flûte! Celle de leurs rêves dont on sent le soin jaloux qu'ils en ont pris...

Quant aux grands flûtistes, la plupart d'entre eux ont eu plusieurs instruments au cours de leur carrière, mais ils ont toujours eu une Favorite. Il s'agit bien souvent de grandes histoires d'Amour et de complicité. Ainsi celles qui sont les plus chères à mon coeur ont appartenu à de grands représentants de l'École française de flûte: Louis Dorus, Paul Taffanel, Marcel Moyse, Adolphe Hennebains, Johannes Donjon, Louis Fleury, Léopold Lafleurance, Léon Fontbonne, Gaston Blanquart, Joseph et Jean-Pierre Rampal, Lucy Dragon, Robert Hériché, Fernand Dufrène et plusieurs autres... Elles ont souvent participé à de grands évènements musicaux des XIX° et XX° siècles et à de nombreuses créations d'œuvres devenues depuis des incontournables de la littérature internationale pour flûte.

Quels sont vos projets à venir et quel avenir souhaitez-vous pour votre collection ?

Mes différents projets ne sont possibles que grâce à l'amitié et à la passion de différentes personnes. Ainsi, depuis plusieurs années, je confie régulièrement - à titre gracieux - des instruments pour des concerts ou des enregistrements.

En tout premier lieu, il y a ce rapport très particulier, mélange d'admiration de ma part mais aussi de grande amitié et même d'affection qui m'unit à cet incroyable flûtiste, artiste de talent et homme de grande culture qu'est Alexis Kossenko. Il a su - plus que tout autre - redonner vie à plusieurs instruments de ma collection. Je ne l'en remercierai jamais assez. Nous avons plusieurs projets ensemble, mêlant étroitement et associant notre passion commune pour l'histoire de la facture et celle des flûtistes et compositeurs eux mêmes

D'autres grands flûtistes ont joué en concert ou enregistré avec mes flûtes: Maxence Larrieu, Marine Perez, Christophe Brandon, Magali Mosnier, Jocelyn Aubrun, Alice Szymanski, Shigenori Kudo...

Un autre de mes amis est Pierre Hélou. Avec ce jeune facteur de flûtes, aujourd'hui à la tête avec Rémi Caron de l'atelier Parmenon (Buffet-Crampon) nous avons entrepris un travail très particulier: l'étude à travers ma collection d'instruments Louis Lot de l'évolution précise - au moyen de relevés et de mesures techniques mais également de l'étude de l'histoire, du parcours de la majorité de ces instruments - de cette marque prestigieuse qui demeure mythique et fut à l'origine des réalisations de toutes les grandes marques de flûtes traversières, même les plus récentes. Ce travail n'a été rendu possible que grâce à l'énergie, au talent intuitif tout autant que précis de Pierre, mais également au fait unique d'avoir pu rassembler autant d'instruments de ce célébrissime facteur. Le résultat sera mis à disposition de tout un chacun sur Internet mais également concrétisé par la publication de mon catalogue par l'ACIMV.

En compagnie de l'un de mes vieux amis, Denis Verroust, Président fondateur de l'AJPR (Association Jean-Pierre Rampal dont je suis moi-même Vice-Président), nous présentons depuis plusieurs années à travers l'Europe différentes conférences-concerts consacrées à quelques uns des grands représentants de l'École Française (Jean-Pierre Rampal, Roger Bourdin, Aurèle Nicolet, Maxence Larrieu, Alain Marion et... Louis Lot!). Ces présentations sont maintenant considérées comme une référence...

Parmi mes projets, on trouve également la publication à venir de mes différents articles sur les grands flûtistes français du passé et quelques facteurs, rassemblés et complétés sous le titre "Histoires de flûtistes". Titre qui doit être repris pour une émission de radio mensuelle, un projet vieux de 2 ans maintenant qui a été mis à mal par... le Covid mais devrait voir le jour bientôt.

Quant à ma collection elle même et à son avenir, toutes mes archives (elles ont nombreuses...) rejoindront un jour la Bibliothèque Nationale, endroit d'où rien ne ressort et où, grâce à la numérisation, de nombreux documents passionnants sont facilement et internationalement disponibles.

Ma collection d'instruments qui, je l'espère bien, va encore s'enrichir de quelques instruments émouvants reviendra un jour à ma fille Camille, flûtiste amateur de talent qui - j'en suis sûr - saura quoi en faire.

Avez vous un souhait particulier ? Un regret ?

Non, pas de regret. Ce n'est pas trop mon truc! J'ai toujours fait mienne cette phrase qu'affectionnait mon cher Grand-Père: « Hier, aujourd'hui et demain... Trois belles journées».

Un souhait ? Oui, absolument, J'aimerais trouver une aide, une forme de mécénat pour faire restaurer quelques superbes pièces de ma collection qui dorment encore... afin qu'elles soient jouées par des grands d'aujourd'hui et de demain et puissent ainsi revivre en hommage aux artisans d'art qui les ont fabriquées et aux artistes qui les ont aimées et animées...

Bernard Duplaix - Villerville - Janvier 2022

 

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